Pour un Monde plus aimable Pour

Pour amener des changements sociétaux, les
paradigmes fondamentaux devraient être
repensés. Mais le pas à faire avant toute
métamorphose sociétale est celui de la
transformation personnelle. Il implique une remise
en question des acquis et des schémas de pensée
dont nous avons hérité. C’est par cette entrée que
je souhaite amener les raisons pour lesquelles il
serait important de repenser l’idée de la dualité
Nature-Culture dans la construction d’un nouveau
modèle sociétal.
La nature ça n’existe pas!
Ne vous y méprenez pas, la première fois que j’ai
lu cette phrase, elle m’a fait l’effet d’un
électrochoc. Pourtant, certains philosophes,
sociologues, anthropologues argumentent que
l’origine de nos problèmes actuels serait bien cette
idée qu’il existe une nature (e.g. Descola, 2005;
Latour, 2015; Charbonnier et al., 2017; Morizot,
2018). Le naturalisme est une cosmologie
occidentale postulant qu’il y a d’un côté un Monde
des humains, qui vivent en société fermée, et de
l’autre un Monde de la nature, objectif, constitué
de matière et de Non-Humains, apparaissant alors
comme un décor passif pour les activités
humaines. En effet, la plupart des définitions de
l’humain dans la tradition occidentale soulignent à
quel point il se distingue de la nature. C’est ce que
l’on exprime avec les notions de culture, société
ou civilisation. Les modernes occidentaux voient
donc le monde avec cette dualité de Nature-
Culture. Pourquoi est-ce un problème?
Premièrement, cette idée peut être qualifiée
d’aliénante, car nous sommes d’abord des êtres
naturels, comment pouvons-nous l’oublier? Nous
faisons partie de l’écosystème, de la chaîne
trophique, nous sommes aussi de la chair-soleil.
Ensuite, car cela pourrait bien expliquer notre
rapport problématique, conflictuel et destructeur à
l’égard du monde vivant que nous nommons
nature.
L’humain occidental moderne s’est donc extrait de
la nature, construisant sur cette base un modèle
sociétal où il peut exploiter sans aucunes limites
les ressources naturelles pour le servir; c’est bien
cela la Croissance. Comme la base est aliénante,
émergent alors des problèmes environnementaux,
biologiques et humains. Dès lors, chaque jour, ce
que nous avons qualifié de Nature nous scande, à
travers les scientifiques, les littéraires, ou les
artistes: «Chers Humains, vous n’avez pas
compris… vos modes de vie m’épuisent, moi et
les autres vivants. Ne voyez-vous pas les
répercutions que cela entraîne sur vous-mêmes?
Non? C’est que vous avez perdu la conscience et
le sens de votre appartenance à mon espacetemps
».
Ainsi, la nature ça n’existe pas! A la place il y a
une Terre. Celle-ci abrite de multiples vivants qui
se partagent des territoires. Ils modifient cette
Terre créant une multitude de mondes, ou
écosystèmes, qui interagissent, s’entremêlent,
évoluent avec le temps et ce depuis 2.8 milliards
d’années! L’Humain, de la famille des hominidés,
du genre Homo, l’espèce Homo sapiens, est l’un
de ces vivants, avec sa propre histoire évolutive
(~2 millions d’années). La tradition occidentale l’a
amené à créer une image simple de son Monde.
Elle est si simple que l’Humain s’étonne encore
des richesses, de la diversité et de l’intelligence
des Non-Humains de cette Terre.
Vers un Monde plus aimable, plus diplomate?
Ainsi, est-il peut-être temps de changer de
cosmologie? Ses réflexions seraient-elles
capitales pour entrer en transition? De quel
monde voulons-nous? Quelle est notre place?
Quelle est celle des autres vivants? Bruno Latour
nous appelle des modernes sans sol. Est-il peutêtre
temps de revenir sur Terre et que nos
sociétés occidentales modernes re-fusionnent
avec Elle? Baptiste Morizot, dans son livre Sur la
Piste animale (2018), propose de tenter de
bricoler une cosmologie plus aimable, en tissant
ensemble (i) pratiques, (ii) sensibilités et (iii)
idées. Il est temps de ré-apprendre à cohabiter et
à partager avec les autres terriens, afin d’aller
vers un Monde plus aimable, plus diplomate.
Charbonnier, P., Latour, B., Morizot, B., 2017. Redécouvrir la
terre. Dialogue. TRACES, 33, 227-252.
Descola, P., 2005. Par-delà nature et culture. Essais Folio,
éditions Gallimard, Italie.
Latour, B., 2015. Face à Gaïa. Huit conférences sur le
nouveau régime climatique. Editions La Découverte, Paris.
Morizot, B., 2018. Sur la Piste animale. Éditions Actes Sud,
Arles, France.
Bibliographie
La Feuille – Média citoyen
Contact: 87.nathalie.diaz@gmail.com
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